CPLF

Discours inaugural d’Olivier Maingain, président de la Conférence, député fédéral de Bruxelles-Hal-Vilvorde

Madame la Présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois,
Chère Chantal Trottier,
Excellence,
Mesdames et Messieurs les chefs de délégation des mouvements membres de la Conférence,
Mesdames, Messieurs, en vos titres et qualités,
Chers amis Québécois qui nous accueillez avec tant de ferveur,

A la Nation québécoise : « Salut et Fraternité » pour reprendre la belle formule d’André Malraux lorsqu’il annonçait la présence du Général de Gaulle.

Le Mouvement national des Québécoises et des Québécois, en organisant les XVIIème Assises de la Conférence des peuples de langue française, permet à cette famille du premier cercle de la Francité de se retrouver dans votre pays, en une circonstance exceptionnelle, celle qui célèbre le 400ème anniversaire de la fondation d’une ville qui porte tous les espoirs d’un peuple, d’une nation, d’un Etat souverain en devenir.

Le MNQ tient une place essentielle au sein de notre Conférence. Sans sa participation active, sans sa détermination à hisser haut les couleurs communes de nos peuples de langue française, la Conférence ne connaîtrait pas le même rayonnement, le même enthousiasme et, pour tout dire, la même ambition.

Je n’ignore pas tous les aléas que le MNQ a dû affronter pour la tenue de cette XVIIème Conférence. L’existence de cette Conférence tient du miracle, tant il est vrai qu’avoir la volonté de réunir à rythme plus ou moins biennal, des délégués de différents mouvements qui sont tous organisés sur la base du bénévolat, est un véritable défi. Toute la famille est réunie aujourd’hui, pour venir dire au peuple québécois, son attachement et sa conviction que le Québec est une référence, un guide, un pays dont les succès renforcent nos peuples de langue française dans leur affirmation.

Aujourd’hui, tous les membres de la famille sont là. Aux côtés des représentants des mouvements fondateurs, ceux qui organisèrent la première Conférence à Genève en 1971, nos amis jurassiens et valdôtains, nous comptons les représentants du Québec, de Wallonie-Bruxelles, d’Acadie, de France, des Francophones de Flandre, des Fourons. Pour tous ceux qui participent depuis tant et tant d’années, voire depuis des décennies, à nos rencontres fraternelles, qui en connaissent toute la signification affective, c’est un moment d’intense émotion. Permettez-moi de dire que ce rassemblement est le plus bel hommage que nous puissions rendre aux fondateurs de notre Conférence, à ceux qui l’ont voulue avec tant de force qu’aujourd’hui, son élan ne peut plus être brisé. Je pense évidemment à Roland Béguelin, le père de la patrie jurassienne, le fondateur de cette Conférence, qui lui a donné une dimension politique qu’il nous appartient de renforcer.

Oui, la Conférence des peuples de langue française est une organisation de la Francophonie qui présente une particularité sans équivalent. Elle est la seule organisation qui affirme un objectif politique au sens le plus noble : l’émancipation des peuples de langue française qui, à l’exception de la France, sont confrontés à des rapports de force, à des jeux de pouvoirs qui nient les droits linguistiques et culturels de ces communautés francophones. La Conférence est cette rencontre de mouvements politiques qui visent tous à briser le carcan de la domination, à lutter contre les discriminations que nos peuples subissent.

Ensemble, nous portons la voix de la dignité, celle de nos peuples unis. Voilà l’exceptionnelle singularité de notre Conférence, cette force inébranlable qui nous a permis de traverser bien des épreuves sans jamais renoncer à l’essentiel. La Conférence n’existe que par la volonté des mouvements affiliés. Que l’un ou l’autre soit confronté à un moment d’interrogation et tous les mouvements frères le vivent tout aussi intensément. Que l’un ou l’autre connaisse un nouveau succès et tous les mouvements frères vibrent du même espoir.

L’histoire de la Conférence vit au rythme des battements de cœur des peuples représentés. Pour en dire l’extraordinaire épopée, permettez-moi d’en rappeler les principales étapes.

C’est à Genève, les 16 et 17 avril 1971, que la Conférence a été fondée sous l’intitulé « Conférence des minorités ethniques de langue française ». Les mouvements fondateurs étaient le Rassemblement jurassien, l’Union valdôtaine et « Wallonie libre ». On notait, à l’époque la présence d’un observateur québécois. Tenue à Liège en octobre 1973, la IIème Conférence regroupait les trois organisations fondatrices auxquelles était venu s’ajouter le Mouvement national des Québécois. Tout en réaffirmant la nécessité pour tous les peuples de langue française, d’être solidaires en vue d’accroître leur potentiel culturel, économique et politique, les participants à cette deuxième Conférence déclarent que par-dessus les frontières, le recours aux organisations ou à l’opinion publique internationales sont des moyens légitimes permettant de combattre l’égoïsme et l’immobilisme des Etats forgés par les hasards de l’histoire.

La IIIème Conférence tient ses assises à Aoste en octobre 1975. Les représentants des mouvements jurassiens, québécois, valdôtains et wallons, ainsi qu’une délégation acadienne du Nouveau Brunswick, soutiennent les aspirations de tous les peuples sous tutelle dans la mesure où elles se fondent sur le droit de libre disposition et sur une large volonté populaire. Une autonomie politique est nécessaire à l’existence des peuples qui se distinguent de leurs voisins par la culture, la langue et le sens profond de leur identité.

C’est à Québec, du 31 mars au 2 avril 1978, que la Conférence s’est réunie pour la première fois sur le continent Nord américain et qu’elle a jeté son plus vif éclat, avec la participation de plus de 700 délégués, dont quelque 250 Européens. Les mouvements représentés et les nombreux observateurs réfléchissent au thème prémonitoire : « Le référendum : expression de la démocratie et instrument d’émancipation ». C’est à partir de cette IVème Conférence que les termes « minorités ethniques » ont, à bon droit, été remplacés par « communautés ethniques ».

La République et Canton du Jura, étant devenu un Etat de la Confédération suisse à la suite du scrutin de libre disposition du 23 juin 1974, il était normal que la Vème Conférence y soit organisée. Les congressistes se sont réunis à Delémont, capitale du nouvel Etat, à la fin du mois d’août 1979. C’est à cette occasion que la France, représentée à l’époque par l’Association Solidarité-Jeunesse francophone, s’est associée de plein droit aux mouvements fondateurs. Etait également présente l’Association romande de solidarité francophone, aujourd’hui disparue.

La VIème Conférence eut lieu à Caraquet, au nouveau Brunswick, du 28 juin au 7 juillet 1980, sur le thème général : « L’adaptation des structures politiques au droit des entités linguistiques et culturelles ». Aux mouvements membres se sont joints des représentants de l’Association culturelle franco-canadienne de la Saskatchewan, de l’Action fouronnaise, de l’Association canadienne française de l’Ontario, des Acadiens des autres provinces, ainsi que d’autres groupes francophones du Canada et des Etats-Unis. Cette rencontre internationale de la Francité, sous l’égide de la société des Acadiens du Nouveau Brunswick, fut un événement marquant et stimulant pour le peuple acadien.

A la fin du mois d’août 1982, Solidarité-Jeunesse francophone assume la responsabilité d’organiser à Brive-la-Gaillarde, la VIIème Conférence sur le thème : « les instruments de la solidarité ». Pour la première fois, la France accueille officiellement les différents mouvements représentatifs de la Francité et devient solidaire de leurs objectifs. Comme l’indiquent les principales résolutions et le communiqué final de la VIIème Conférence, l’appui et la participation active de la France sont intimement liés à la vitalité, à l’efficacité et à l’avenir même de la Conférence.

Du 7 au 11 août 1985, le MNQ est l’hôte de la VIIIème Conférence. Elle se tient à Trois Rivières, capitale de la Mauricie, avec pour thème « Autodétermination et manipulation ». Au cours de cette Conférence, l’association Bruxelles-Français est admise, à laquelle succèdera le Rassemblement pour l’unité des Francophones.

En juillet 1987, c’est au tour de la Communauté française Wallonie-Bruxelles d’accueillir la IXème Conférence plénière à Bruxelles et à Liège. Plus de 400 délégués sont présents. Une soirée mémorable à la Grand-Place de Bruxelles permettra à Julos Beaucarne, le barde wallon, de chanter les couleurs de la Francophonie. Fourons et Linkebeek, communes de la périphérie bruxelloise, recevront la visite des délégués qui viendront exprimer leur solidarité avec ces populations francophones particulièrement discriminées.

Le Bicentenaire de la Révolution française salue la Xème Conférence à Paris, dans les jours précédant la fête nationale française. « De la déclaration des droits de l’Homme au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », tel est le fil conducteur d’une Conférence très remarquée par la presse française et qui connaîtra un moment fort lorsque l’éminent professeur constitutionnaliste de l’Université de Liège, François Perin, livrera un message, non sans humour, à l’égard de ceux qui croient en la ruine de l’Etat-nation. Cette Conférence, remarquablement organisée par l’Association de solidarité avec les peuples de langue française, association ayant succédé à Solidarité-Jeunesse francophone, connaîtra un large retentissement auprès des responsables politiques français, attentifs au renforcement des liens unissant les communautés de langue française d’Amérique du Nord et d’Europe. La Xème Conférence consacre une nouvelle dénomination : « Conférence des communautés de langue française ».

La XIème Conférence retrouve la terre du Québec, celle de Rimouski, en août 1991. Présidée de manière brillante par Sylvain Simard, la Conférence connaît la participation de M. Jacques Parizeau, figure historique du Mouvement indépendantiste québécois et futur premier ministre du Québec. Son intervention à la tribune de la Conférence annonce la relance du processus d’autodétermination du peuple québécois qui conduira à la deuxième tentative référendaire en octobre 1995. La Conférence de Rimouski, suivie par une importante délégation des mouvements européens affiliés à la Conférence, est la dernière au cours de laquelle s’exprime Roland Béguelin, secrétaire général de la Conférence, père fondateur de la République et Canton du Jura.

En effet, en septembre 1993, les travaux de la XIIème se tiennent pour la deuxième fois à Delémont, dans une atmosphère de grande tristesse. Roland Béguelin devait décéder quelques jours après la tenue de cette XIIème Conférence qui se rapportait aux politiques linguistiques dans les différentes communautés françaises. Le Rassemblement jurassien, mouvement de lutte pour l’autonomie et l’unité du Jura peut être fier des lettres de noblesse que Roland Béguelin a données à la Conférence. A Delémont, la dénomination « Conférence des peuples de langue française » est définitivement adoptée.

En juillet 1995, Liège accueille pour la troisième fois les assises de la Conférence. Saluée par un discours d’accueil retentissant du bourgmestre Jean-Maurice Dehousse, ces assises sont riches d’une réflexion sur la notion de citoyenneté fondatrice de l’identité des peuples de langue française. Au-delà d’une langue en partage, la Conférence réaffirme les valeurs éminemment démocratiques qui justifient son action. Une nouvelle fois, Liège exprime, lors d’une fête nationale toujours très populaire, son attachement profond à la Francophonie et à la Francité.

La ville de Jonquière accueille au mois d’août 1997, une XIVème Conférence qui met à l’honneur les jeunes : « Francophonie d’aujourd’hui, Francophonie des jeunes ». Les témoignages d’une centaine de jeunes, venus de différentes communautés, confirment que la Francophonie est un horizon nouveau, qu’elle donne un sens à une démarche politique qui refuse la mondialisation négatrice de la diversité culturelle. La Conférence est présidée par Madame Monique Vézina, ancienne ministre du gouvernement fédéral qui, au cours de cette rencontre, exprime son souhait de passer le témoin à de nouveaux responsables aux fonctions dirigeantes de la Conférence.

De 1997 à 2001, la Conférence connaît un ralentissement de ses activités.

Réunis à Delémont en juin 2001, les représentants des mouvements européens décident de poursuivre les objectifs fondateurs de la Conférence en les adaptant aux vœux exprimés lors de la Conférence de Jonquière, qui avait appelé à une adaptation des objectifs de la Conférence en rapport avec le développement de la Francophonie internationale et institutionnelle. Après une rencontre en septembre 2002 avec les dirigeants du MNQ, le Comité permanent de la Conférence en adapte les statuts afin de préciser ses objectifs et son champ d’action.

La tenue, en avril 2003, de la XVème Conférence à Bruxelles, au Parlement de la Communauté française, consacre la relance des activités. La participation des plus hauts représentants du gouvernement et du Parlement de la Communauté française, ainsi que de la Région wallonne lui donne un réel retentissement. Au regard du rôle international et européen de Bruxelles, le thème consacré à la présence du français dans les institutions européennes et internationales s’impose comme une évidence. Le rassemblement de Bruxelles fonde des relations plus suivies au sein du Comité permanent qui décide de la tenue régulière des assises plénières.

Juillet 2005, la ville de Sète dans l’Hérault, au pays de Brassens, accueille, à l’initiative de l’Association française de solidarité avec les peuples de langue française, les XVIèmes assises dans une atmosphère chaleureuse et amicale encore très présente à tous les esprits des participants.

Présidant les travaux, je rappelle que la relation de nos peuple à la France ne peut être la survivance ou le rappel d’une nostalgie. Cette relation doit fonder de nouveaux partenariats, sur un pied d’égalité, pour construire une Francophonie plus ambitieuse et plus présente.

Le rappel historique ainsi fait dit toute la noblesse du message de notre Conférence. Toute atteinte aux valeurs culturelles et linguistiques d’un peuple est une atteinte au patrimoine de l’humanité et à la démocratie. Aucune langue, aucune culture ne peut évidemment prétendre à un titre de supériorité mais aucune langue, aucune culture ne peut être méprisée ou bafouée. L’identité d’un peuple – et la nôtre est française – ne conduit évidemment pas à la négation de celle des autres peuples mais, lorsqu’un peuple est placé dans une situation minoritaire dans un Etat qui de surcroît, a été construit par les jeux des puissances à une époque où la voix des peuples n’était pas prise en compte, il est confronté à tous les dangers, à toutes les menaces qui peuvent le conduire à sa disparition. Alors, la prétendue égalité, une égalité théorique sans effectivité réelle entre un peuple dominant et un peuple minoritaire, n’est qu’un jeu de dupe, c’est l’alibi pour justifier la soumission du peuple minoritaire au peuple dominant.

Chers amis québécois,

Votre histoire, votre remarquable ténacité à affirmer l’indépendance et la liberté de votre peuple, sont l’expression du refus de subir la condescendance, le mépris, la négation de votre identité. Etre à vos côtés, être avec vous, c’est pour tous nos peuples et leurs représentants ici présents un puissant encouragement à poursuivre leur marche en avant vers plus d’autonomie et de souveraineté. La souveraineté est aux peuples ce que la liberté est aux hommes et aux femmes.

Trouver les voies de la souveraineté est le travail essentiel, le travail politique le plus noble que mènent tous nos mouvements. Au-delà des contingences, nous travaillons à l’essentiel : inviter chacun de nos peuples à se donner les moyens institutionnels, sociaux et économiques, culturels et linguistiques de son épanouissement. Le martyr de la résistance valdôtaine, Emile Chanoux, dans un texte poignant, a eu cette phrase prémonitoire : « Il faut être très bas, pour regarder très haut ».

Chacun de nos mouvements a connu et connaîtra des moments intenses, annonciateurs d’un avenir nouveau et puis des moments plus sombres, plus incertains. Les ombres et les lumières de la vie s’étendent sur l’histoire de nos peuples. Mais il est une force irrépressible que nos mouvements portent et qu’aucun pouvoir ne pourra jamais affaiblir, voire réduire à sa merci : lorsque des femmes et des hommes, même s’ils ne sont qu’une poignée, continuent à porter un jugement clair sur le destin d’un peuple, à tenir le langage de la vérité et à poser des actes qui fortifient la prise de conscience collective d’un peuple, alors la flamme de l’espoir ne s’éteint pas.

Nos mouvements sont porteurs de ces flammes d’espoir. Grâce à nos rassemblements, ces flammes se conjuguent, se reflètent et leur chaleur commune nous donne la volonté, là où nous sommes de porter le flambeau, comme un témoin qui, passé de génération en génération, donne un sens à l’histoire de nos peuples. Il n’est pas de plus belle aspiration pour tout être humain et pour tout peuple que de travailler à l’héritage que l’esprit humain doit léguer à la génération suivante. Oui, l’action politique qui nous motive relève de la plus haute conception de la culture, celle qui, à travers les âges, permet à un peuple de contribuer à sa civilisation.

Le Québec est aujourd’hui un des plus puissants moteurs de cette civilisation française qui nous réunit. Le Québec est à un tournant de son histoire et notre Conférence vit intensément tous ses défis. La Nation québécoise a déjà parcouru un tel chemin que ses efforts ne peuvent que la conduire à de nouveaux succès.

Certes, il revient à vous seuls de définir la manière d’atteindre l’objectif de l’indépendance du Québec. Nous ne sommes pas pour autant adeptes de cette regrettable et piteuse formule de certains milieux politiques ou diplomatiques « ni ingérence, ni indifférence ». Car le refus d’un soutien clair à la résistance d’un peuple ami conduit toujours à toutes les complaisances à l’égard de ses adversaires. Nous sommes avec vous Québécois car nous sommes avec ceux qui ont clarté dans l’esprit, générosité dans le cœur et ténacité dans l’action.

Voilà pourquoi notre Conférence est en droit d’interpeller la France, pour lui exprimer les attentes de chacun de nos peuples et lui dire qu’elle a des obligations morales à leur endroit.

L’ancien ministre français, Philippe Seguin, dans un ouvrage remarqué « Plus Français que moi, tu meurs », a livré une des analyses les plus justes concernant les relations entre la France et le Québec. Du mémorable discours du général de Gaulle au balcon de l’hôtel de ville de Montréal, Philippe Seguin tire la conclusion suivante : « Ce faisant, de Gaulle ne fonde pas seulement ce que l’on a appelé un « cousinage » et qui est plutôt bel et bien une « fratrie ». A Montréal, il fonde la Francophonie politique. Et il n’est pas étonnant que ce soient le Québec et la France qu’il place d’emblée en son cœur ». Et Philippe Seguin de poursuivre « Il demeure, comme cela a été dit trente ans après, que jamais n’avait été aussi clairement formulé ce qui fait la quintessence des idées du Général de Gaulle, et finalement l’essentiel de ce que la France, le Québec et l’ensemble des pays francophones auraient à dire au monde s’ils le voulaient bien ; une conviction simple qui se formule en deux temps. D’abord, que l’honneur de chacun tient en sa capacité à maîtriser et conduire son propre destin ; à être acteur et non objet ; à savoir dire non – savoir dire non, le signe distinctif des hommes et des femmes libres. Ensuite, que la responsabilité individuelle ne prend toute sa signification et aussi sa dimension que dans la mesure où elle se transcende dans une aventure collective, une aventure partagée… ».

Une aventure partagée, voilà ce que notre Conférence demande à la France de vivre avec l’ensemble de nos peuples de la Francité. Une aventure partagée pour parler au reste du monde car, pour reprendre une autre formule d’André Malraux, « la France – et, aujourd’hui, la Francophonie – n’est grande que lorsqu’elle parle au reste du monde ». Et nous voulons ensemble parler au reste du monde pour dire toute l’importance de la diversité culturelle, que le génie humain ne peut rien perdre des apports de toutes les civilisations, que les collectivités humaines, quelles que soit leur importance, sont grandes lorsqu’elles sont généreuses, ouvertes et tolérantes.

A cet égard, le Québec a fait ses preuves. Parce qu’il a trop subi la loi du mépris et de l’indifférence, le peuple québécois s’est bien gardé de reproduire un tel comportement à l’égard de la minorité anglophone et des nations autochtones. Le Québec est d’un respect sans égal de ses populations minoritaires, qu’elles soient nationales ou culturelles. Lorsque je suis interpellé au Parlement fédéral belge par les représentants flamands qui prétendent qu’ils se comportent comme les Québécois, je leur rappelle quelques vérités qu’ils feignent d’ignorer. D’abord, les Flamands sont majoritaires en Belgique et ce, depuis sa fondation, même si les élites furent, au XIXème siècle, francophones. De surcroît, la Flandre est aujourd’hui la région la plus prospère, la plus riche et son nationalisme n’est plus un nationalisme d’émancipation, au demeurant fort légitime, mais l’expression d’une idéologie qui épouse, par moments, les courants les plus préoccupants de l’extrême droite et du fascisme. Enfin, la Flandre est loin d’accepter sur son territoire une protection des minorités, et singulièrement de la minorité francophone, à l’égal de ce que le Québec reconnaît au bénéfice de la minorité anglophone.

Le Québec a concilié l’identité nationale et la citoyenneté. Il y aurait beaucoup à dire à ce propos. Mais le nationalisme québécois demeure exemplaire par son exigence démocratique. C’est la force démocratique et collectivement exprimée d’un peuple qui l’autorise à faire le choix de l’indépendance étatique.

Nous nous reconnaissons dans la légitimité de votre combat politique car il a toujours emprunté les voies de la démocratie.

Chers amis québécois,

La Conférence des peuples de langue française est aussi à un tournant de son histoire. Avec vous, elle va regarder plus haut et, avec encore plus de détermination, nous allons resserrer les liens qui nous unissent. Resserrer les liens pour que notre Conférence soit encore plus à l’offensive sur le plan politique, pour qu’elle n’attende pas des rencontres biennales pour délivrer un message. Le Comité permanent doit reprendre son travail à un rythme plus régulier, appuyer les démarches des mouvements politiques affiliés, entreprendre des initiatives auprès des institutions de la Francophonie et des autorités politiques de chacune de nos communautés. Montrer que nous sommes solidaires, dans un partenariat plus volontaire.

A chaque fois que le peuple québécois a été placé devant les incertitudes de l’histoire, il a pu mobiliser toutes ses ressources et garder la tête haute. Cette force qui vous habite, nous sommes venus la partager avec vous, au rendez-vous du 400ème anniversaire de la fondation de la ville de Québec.

Sur les deux rives de l’Atlantique, nous partageons ce même enthousiasme avec le peuple québécois : être soi-même pour être d’autant plus présent aux autres.

Amis Québécois, cette force qu’est la vôtre, vous nous l’avez tellement bien transmise que nous pouvons dire avec le philosophe français Alain Finkielkraut, « Nous sommes tous des Québécois ».