HistoriqueC’est à Genève, les 16 et 17 avril 1971, que la Conférence a été fondée sous l’intitulé « Conférence des minorités ethniques de langue française ». Les mouvements fondateurs étaient le Rassemblement jurassien, l’Union valdôtaine et « Wallonie libre ». On notait, à l’époque, la présence d’un observateur québécois. Bien qu’officiellement fondée au début de l’année 1971, cette Conférence s’est élaborée lors de diverses rencontres tenues au cours de l’année 1970. Elle est née de la solidarité d’hommes et de femmes aux intérêts identiques : la défense de leur langue maternelle française ainsi que de leur culture dans leurs Etats respectifs. On sait qu’il existe à l’échelle de la francophonie, de nombreuses associations d’hommes et de femmes, ayant des intérêts identiques : universitaires, écrivains, journalistes, parlementaires, etc. Mais ces sociétés se doivent généralement d’être apolitiques. La caractéristique essentielle de la Conférence tient en son caractère politique au sens premier du terme. Indépendamment de tout esprit partisan, la Conférence est une fédération regroupant des mouvements autonomistes, indépendantistes ou fédéralistes, selon les cas, tous mouvements qui refusent que leur communauté linguistique et culturelle, à l’exception de la France, subissent les discriminations du fait d’être minoritaire dans l’Etat concerné. Tenue à Liège les 5 et 6 octobre 1973, la IIème Conférence regroupait les trois organisations fondatrices, auxquelles était venu s’ajouter le Mouvement national des Québécois. Tout en réaffirmant la nécessité, pour tous les peuples de langue française, d’être solidaires en vue d’accroître leur potentiel culturel, économique, ethnique et politique, les participants à cette IIème Conférence déclarent que par-dessus les frontières, le recours aux organisations ou à l’opinion publique internationales sont des moyens légitimes permettant de combattre l’égoïsme et l’immobilisme des Etats forgés par les hasards de l’histoire. La IIIème Conférence tient ses assises à Aoste les 10 et 11 octobre 1975. Les représentants des mouvements jurassien, québécois, valdôtain et wallon, ainsi qu’une délégation acadienne du Nouveau-Brunswick, soutiennent les aspirations de tous les peuples sous tutelle dans la mesure où elles se fondent sur le droit de libre disposition et sur une large volonté populaire. Une autonomie politique minimum est nécessaire à l’existence des peuples qui se distinguent de leurs voisins par la culture, la langue et le sens profond de leur identité. C’est à Québec, du 31 mars au 2 avril 1978, que la Conférence s’est réunie pour la première fois sur le continent nord-américain et qu’elle a, selon plusieurs, jeté son plus vif éclat, avec la participation de 732 délégués, dont 266 Européens. Les mouvements représentés et les nombreux observateurs réfléchissent sur le thème bien d’actualité : « Le référendum : expression de la démocratie et instrument d’émancipation ». C’est à partir de cette IVème Conférence que les termes « minorités ethniques » ont été remplacés par « communautés ethniques ». La République et Canton de Jura étant un Etat de la Confédération suisse grâce au scrutin de libre disposition du 23 juin 1974, il était normal que la Vème Conférence y soit organisée. Les congressistes se sont réunis à Delémont, capitale du nouvel Etat, du 26 août au 2 septembre 1979. C’est à cette occasion que la France, représentée notamment par l’association Solidarité-Jeunesse francophone, s’est associée de plein droit aux mouvements fondateurs. Etait également présente l’Association romande de solidarité francophone. La Vlème Conférence eut lieu à Caraquet, Nouveau-Brunswick, au cœur de !’Acadie, du 28 juin au 7 juillet 1980, sur le thème général : « L’adaptation des structures politiques au droit des entités linguistiques et culturelles ». Aux mouvements membres se sont joints des représentants de l’Association culturelle franco-canadienne de la Saskatchewan, de l’Action fouronnaise, de l’Association canadienne-française de l’Ontario, des Acadiens des autres provinces, ainsi que d’autres groupes francophones du Canada et des Etats-Unis. Cette rencontre internationale de la francité, sous l’égide de la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick, fut un événement marquant et stimulant pour le peuple acadien. Les 27, 28 et 29 août 1982, Solidarité-Jeunesse francophone assume la responsabilité d’organiser, à Brive-la Gaillarde, la Vllème Conférence dont le thème général porte sur « Les instruments de la solidarité ». Pour la première fois, la France accueille officiellement les divers mouvements représentatifs de la francité mondiale et devient solidaire de leurs objectifs. Comme l’indiquent les principales résolutions et le communiqué final de la Vllème Conférence, l’appui et la participation active de la France sont intimement liés à la vitalité, à l’efficacité et à l’avenir même de la Conférence. Du 7 au 11 août 1985, le Mouvement national des Québécois est l’hôte de la Vlllème Conférence. Elle se tient à Trois-Rivières, capitale de la Mauricie, au cœur même du Québec. Avant l’ouverture de cette Vlllème Conférence, 350 inscriptions avaient déjà été reçues, dont plus d’une centaine de l’Europe. « Autodétermination et manipulations », tel est le thème sur lequel réfléchiront les participants, notamment en quatre commissions d’étude. Au cours de cette Conférence, l’association Bruxelles-Français, à laquelle a succédé en 2002 le Rassemblement pour l’unité des Francophones, est admise au sein de la Conférence. En juillet 1987, c’est Bruxelles-Liège-Fourons qui sont à l’honneur. La Conférence se réunit début juillet dans la capitale de la Communauté française Wallonie-Bruxelles, et plus de 400 délégués sont présents. Une soirée mémorable sur la Grand-Place de Bruxelles permet à Julos Beaucarne de chanter les couleurs de la Francophonie. Fourons et Linkebeek recevront la visite des délégués qui viendront exprimer leur solidarité avec les populations francophones de ces communes. L’Université de Liège accueillera la séance de clôture des travaux de cette IXème Conférence très réussie. Le Bicentenaire de la Révolution française salue la Xème Conférence à Paris dans les jours précédant la Fête nationale française. Le thème général de cette Xème Conférence s’impose d’évidence : « De la déclaration des droits de l’Homme au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Cette Conférence très remarquée par la presse française connaîtra un moment fort lorsque le Professeur Perin livrera un message, non sans humour, à l’égard de ceux qui croient en la ruine des Etats nations. Cette Conférence, remarquablement organisée par l’Association de solidarité avec les peuples de langue française, connut un large écho auprès des responsables politiques français, attentifs au renforcement des liens unissant les communautés de langue française d’Amérique du Nord et d’Europe et à leur rôle dans la construction de la Francophonie internationale. La Xème Conférence consacre une nouvelle dénomination : « Conférence des communautés de langue française ». La Xlème Conférence tient ses assises en août 1991, à Rimouski (Région du Bas-Saint- Laurent - Québec). Présidée de manière exemplaire par Sylvain Simard, futur ministre du gouvernement québécois, la Conférence connaît la participation remarquée de M. Jacques Parizeau, figure historique du mouvement indépendantiste québécois et futur Premier ministre du Québec. Son intervention à la tribune de la Conférence annonce la relance du processus d’autodétermination du peuple québécois qui conduira à la deuxième tentative référendaire en octobre 1995. La Conférence de Rimouski, suivie par une importante délégation des mouvements européens affiliés à la Conférence, est la dernière au cours de laquelle s’exprime Roland Béguelin, secrétaire général de la Conférence, père fondateur de la République et Canton du Jura. En effet, en septembre 1993, les travaux de la Xllème Conférence se tiennent pour la deuxième fois à Delémont, capitale du canton du Jura, dans une atmosphère de grande tristesse. Roland Béguelin devait décéder quelques jours après la tenue de cette Xllème Conférence dont le thème principal se rapportait aux politiques linguistiques dans les différentes communautés françaises d’Amérique du Nord et d’Europe. Le Rassemblement jurassien, mouvement de lutte pour l’autonomie du Jura, peut être fier des lettres de noblesse que Roland Béguelin a données à la Conférence. Il en fut l’initiateur, l’animateur et le visionnaire. Aujourd’hui, la Conférence lui doit encore l’essentiel de sa doctrine fondée sur les principes du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. A Delémont, la dénomination « Conférence des peuples de langue française » est définitivement adoptée. Du 13 au 15 juillet 1995, Liège accueille pour la troisième fois les assises de la Conférence. Philippe Destatte, directeur de l’Institut Jules Destrée, ayant succédé à Roland Béguelin au secrétariat général de la Conférence, en est, avec Jean-Marie Roberti du mouvement « Wallonie, région d’Europe », la cheville ouvrière. La Xlllème Conférence a pour thème : « Pratique de la citoyenneté et identités ». Salués par un discours d’accueil retentissant du bourgmestre Jean-Maurice Dehousse, les travaux sont riches d’une réflexion sur la notion de citoyenneté fondatrice de l’identité des peuples de langue française. Au-delà d’une langue en partage, la Conférence réaffirme les valeurs éminemment démocratiques qui justifient son action. Une nouvelle fois, Liège exprime, lors d’une fête nationale toujours très populaire, son attachement profond à la Francophonie et à la Francité. A l’initiative du Mouvement national des Québécoises et Québécois, 1997 connaît un nouveau rendez-vous de la Conférence sur le territoire québécois. La ville de Jonquières accueille au mois d’août une XlVème Conférence dont le thème général est « Francophonie d’aujourd’hui, Francophonie des jeunes ». Les témoignages d’une centaine de jeunes, venus des différentes communautés, confirment que la Francophonie est un horizon nouveau, qu’elle donne un sens à une démarche politique qui refuse la globalisation négatrice de la diversité culturelle. La Conférence, présidée par Mme Monique Vézina, ancienne ministre du gouvernement fédéral, affirme clairement sa volonté de participer plus directement aux objectifs de la Francophonie institutionnelle et entame une réflexion pour adapter son message historique à cette réalité nouvelle. Après avoir rendu des services éminents à la Conférence, la présidente Monique Vézina et le secrétaire général Philippe Destatte souhaitent qu’on confie les responsabilités dirigeantes à de nouveaux responsables. Réunis à Delémont en juin 2001, les représentants des mouvements européens décident de poursuivre les objectifs fondateurs de la Conférence en les adaptant aux vœux exprimés lors de la Conférence de Jonquières. Après une rencontre, à la fin du mois de septembre 2002, avec les dirigeants du Mouvement national des Québécoises et Québécois, le comité permanent peut adapter les statuts de la Conférence afin de préciser ses objectifs et son champ d’action. La tenue, fin avril 2003 de la XVème Conférence des peuples de langue française, à Bruxelles, au Parlement de la Communauté française, consacre la relance des activités de la Conférence. Plus de trente ans d’existence pour un rassemblement fondé entièrement sur le bénévolat et le dévouement des mouvements affiliés, eux-mêmes rassemblements de citoyens désintéressés mais décidés à faire respecter leurs droits culturels et linguistiques, représente une singularité sans équivalent dans le paysage de la Francophonie. Par ses objectifs politiques au sens non partisan et donc le plus noble, cette Conférence rappelle que toute atteinte aux valeurs culturelles et linguistiques d’un peuple est une atteinte au patrimoine de l’humanité et à la démocratie. Aucune langue, aucune culture ne peut évidemment prétendre à un titre de supériorité mais aucune langue, aucune culture ne peut être méprisée ou bafouée. | |
|
|